épine

épine [ epin ] n. f.
• 980; lat. spina
1Vx ou en loc. Arbre ou arbrisseau aux branches armées de piquants. Épine blanche ( aubépine) , noire ( prunellier) , luisante, marine ( argousier) . Épine du Christ ( jujubier, paliure) , d'Espagne ( azerolier) , de cerf ( nerprun) , de rat ( fragon) . Une haie d'épines. Tomber dans les épines. « Le moine bénédictin bâtit sa cabane de branchages parmi les épines et les ronces » (Taine).
La couronne d'épines du Christ (branches épineuses enlacées).
2(XIIe) Mod. Piquant d'une plante. aiguille. Les épines du cactus ( 2. piquant) , du rosier. Plante sans épines ( inerme ) , hérissée d'épines. La pointe d'une épine. S'égratigner avec une épine. S'enfoncer une épine dans le doigt ( écharde) .
PROV. Il n'y a pas de roses sans épines : toute joie comporte une peine (cf. Toute médaille a son revers). « Au lieu de me plaindre de ce que la rose a des épines, je me félicite de ce que l'épine est surmontée de roses » (Joubert).
Loc. Tirer, enlever, ôter à qqn une épine du pied : délivrer qqn d'un sujet de contrariété, d'une difficulté.
3Anat. Partie saillante, allongée, d'un os. crête. Épine de l'omoplate. Épine du tibia.
(1314) ÉPINE DORSALE : saillie longitudinale que détermine au milieu du dos l'ensemble des apophyses épineuses des vertèbres. — Par ext. La colonne vertébrale elle-même. 1. échine, rachis; spinal. Moelle de l'épine dorsale ( épinière) .
4(1660) Piquant de certains animaux. 2. piquant. Les épines du hérisson, de l'oursin, de certains poissons. Par ext. Nom donné à certains poissons à épines. L'épine vierge. épinoche. L'épine de Judas. 1. vive.

épine nom féminin (latin spina) Piquant qui apparaît sur certains végétaux : Les épines d'un rosier, d'un cactus. (D'origine anatomique très diverse, l'épine peut être détachée sans léser les tissus sous-jacents, contrairement à l'aiguillon.) Arbuste ou arbrisseau aux branches armées de piquants : Une haie d'épines. Littéraire. Difficulté, inconvénient, ennui : La vie est hérissée d'épines. Anatomie Nom donné à certaines apophyses ou éminences osseuses très saillantes (épine du nez, épine de l'omoplate, épines iliaques antéro-supérieure et antéro-inférieure). Zoologie Nom donné à divers organes animaux rigides et pointus. ● épine (citations) nom féminin (latin spina) René Char L'Isle-sur-la-Sorgue, Vaucluse, 1907-Paris 1988 Prend-on la vie autrement que par les épines ? Retour amont Gallimard Henri Pourrat Ambert 1887-Ambert 1959 Quand on sème des épines on ne va pas sans sabots. Gaspard des montagnes Albin Michel Lucien de Samosate Samosate, Syrie, vers 125-vers 192 Ils ne voient pas la rose, mais ils scrutent attentivement les épines de la tige. Comment il faut écrire l'histoire, 28 George Gordon, lord Byron Londres 1788-Missolonghi 1824 Les épines que j'ai recueillies viennent de l'arbre que j'ai planté. The thorns which I have reaped are of the tree I planted. Childe Harold's Pilgrimage, IV, 10épine (expressions) nom féminin (latin spina) Épine dorsale, ligne médiane du dos, formée par la succession des apophyses épineuses des vertèbres ; élément essentiel dans une structure ; ce qui en forme le centre et le support. Ôter une épine du pied à quelqu'un, le débarrasser d'un souci, le tirer d'embarras. Épine blanche, nom usuel de l'aubépine. Épine du Christ, nom usuel du paliurus. Épine noire, nom usuel du prunellier. Saintes épines, épines qui, selon la Tradition, constituaient la couronne dont le Christ fut coiffé durant sa Passion.

épine
n. f.
rI./r
d1./d Arbuste dont les branches portent des piquants. Haie d'épines.
épine du Christ: plante des régions tropicales (Fam. euphorbiacées) cultivée pour ses fleurs rouge vif.
d2./d Organe acéré et dur de certains végétaux, provenant de la transformation de feuilles, rameaux, etc., et traduisant généralement une adaptation de la plante à un climat sec.
|| Loc. fig. Tirer une épine du pied de qqn, le délivrer d'un grand embarras.
rII./r Par anal.
d1./d (Au Plur.) Excroissances pointues sur certains animaux (poissons en partic.).
d2./d ANAT éminence osseuse. épine nasale.
épine dorsale: colonne vertébrale.

⇒ÉPINE, subst. fém.
A.— SC. NAT. Excroissance dure et pointue naissant sur certains corps.
1. BOT. Piquant naissant sur certains végétaux et qui ne peut être arraché sans déchirer les tissus sous-jacents. Les épines que l'on distingue des aiguillons en ce qu'elles tiennent à l'aubier, ..., doivent être considérées comme des fibres de cet aubier, allongées, grossies et durcies (BAUDRILLART, Nouv. manuel forest., t. 1, 1808, p. 46).
a) Usuel. Aiguillon de certaines plantes ou partie d'un végétal à pointe acérée et piquante. Les chataignes [sic] sont hérissées d'épines et sous cette enveloppe est un excellent fruit (SÉNAC DE MEILHAN, Émigré, 1797, p. 1648). [Des aloès] aux feuilles minces semblables à des lames de glaive, les uns dentelés d'épines, les autres finement ourlés (ZOLA, Faute Abbé Mouret, 1875, p. 1389). Une branche [d'] acacia-gommier, dont les hideuses épines blanches, longues de près de dix centimètres, me remplissaient de crainte pour l'œsophage de notre ami (BENOIT, Atlant., 1919, p. 296) :
1. — Les épines. À quoi servent-elles?
Le petit prince ne renonçait jamais à une question une fois qu'il l'avait posée. J'étais irrité par mon boulon et je répondis n'importe quoi :
— Les épines, ça ne sert à rien, c'est de la pure méchanceté de la part des fleurs!
(...)
— Tu sais ... ma fleur ... j'en suis responsable! et elle est tellement faible! et elle est tellement naïve.
Elle a quatre épines de rien du tout pour la protéger contre le monde...
SAINT-EXUP., Pt Prince, 1943, p. 430 et 492.
P. compar. ou p. métaph. La pointe acérée du remords se fait sentir comme l'épine à travers les touffes vermeilles du rosier (J. DE MAISTRE, Soirées, t. 2, 1821, p. 71). Les baisers d'une bouche qui n'est point aimée sont des épines qui percent les lèvres (CHATEAUBR., Natchez, 1826, p. 294). Le regard d'un vieil homme s'immobilisa comme un clou... Ce regard était toujours planté au même endroit. Il y déchirait, il y faisait du pus comme une épine (GIONO, Solit. pitié, 1932, p. 11) :
2. L'ironie et le sérieux, l'éloge hyperbolique et des critiques les plus sagaces, hautaines, entrelacées comme des roses et des épines dans ses lettres, fallait-il feindre de n'en voir que les fleurs?
BLANCHE, Modèles, 1928, p. 130.
En partic., p. méton. Variété de châtaigne des environs de Périgueux (attesté ds DG, Lar. 19e-Lar. encyclop.). Épine d'été, d'hiver; épine rose : variétés de poires (ds Ac. Compl. 1842, BESCH. 1845, LITTRÉ, DG, GUÉRIN, 1892, Lar. 19e-Lar. Lang. fr.).
b) P. ext. Arbre ou arbrisseau dont les branches ont des piquants.
Épine + adj. déterminatif. Épine blanche/rose ou épine, absol. Synon. aubépine. Épine noire. Synon. prunellier. Épine luisante. Synon. argousier. Un sentier bordé de deux haies d'épine blanche en fleur qui répandaient de pénétrantes odeurs dans l'humide atmosphère du soir (BALZAC, Méd. camp., 1833, p. 129). « Toi qui aimes les aubépines, regarde un peu cette épine rose; est-elle jolie! » En effet c'était une épine, mais rose, plus belle encore que les blanches (PROUST, Swann, 1913, p. 139).
Spéc., RELIG. La couronne d'épines. La Sainte épine ou p. ell. l'épine. Relique vénérée comme étant la couronne d'épines du Christ. Mademoiselle Marguerite Périer, la miraculée de la Sainte-épine (SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t. 4, 1859, p. 10). Une image qui avait touché la sainte épine (BREMOND, Hist. sent. relig., t. 4, 1920, p. 192).
2. ZOOL. (en partic. ichtyol.)
a) Au plur. Piquants d'animaux, spéc. des poissons. Regarde la queue de ta raie, elle est hérissée d'épines et de dards (MALOT, R. Kalbris, 1869, p. 28). L'épinoche elle-même est une créature extraordinaire, puisque (...) elle est pourvue de dix épines dorsales! (COLETTE, Pays et portr., 1954, p. 251). Des épines d'oursins (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 123).
En partic. Poils rigides et durs. Épines du hérisson. [Les poils] sont roides et dressés dans les « cochons », les « hérissons », les « porc-épics », etc. Leur grande épaisseur, dans ces deux derniers, leur a fait donner le nom d'« épines » (CUVIER, Anat. comp., t. 2, 1805, p. 599).
b) P. ext. Nom donné à certains animaux à épines.
ENTOMOL. Épine noire ou de velours. Chenille de l'ortie.
Rem. Attesté ds Ac. Compl. 1842, Lar. 19e-20e.
ICHTYOLOGIE
Épine de Judas. (Quasi-)synon. vive.
Rem. Attesté ds Ac. Compl. 1842, Lar. 19e Lang fr., ROB.
Épine vierge. Nom vulgaire des épinoches.
Rem. Attesté ds Lar. 19e, Nouv. Lar. ill., QUILLET 1965, DG, ROB.
B.— P. anal. Excroissance rappelant la forme d'une épine. Les ruisseaux (...) étaient tout fleuris de fleurs de givre, aiguës, tranchantes, avec de belles et longues épines de givre (GIONO, Chant monde, 1934, p. 109).
1. ANATOMIE
a) Excroissance (osseuse) pointue. Épine de l'omoplate, du radius (Ac. Compl. 1842). Les deux bords antérieurs ou orbito-nasaux, présentant au milieu l'échancrure et l'épine nasales (GÉRARD, Anat. hum., 1912, p. 23). La surface de la langue présente habituellement des saillies (...) constituant soit des épines cornées, soit des papilles (E. PERRIER, Zool., t. 4, 1928-32, p. 3448).
b) Spéc. Épine du dos/épine dorsale ou p. ell. épine. Suite de vertèbres situées le long du dos chez l'homme et chez certains animaux. (Quasi-)synon. colonne vertébrale. La moelle de l'épine (CABANIS, Rapp. phys. et mor., t. 1, 1808, p. 418). Une épine dorsale un peu voûtée (JANIN, Âne mort, 1829, p. 24). Joseph (...) sentait des frissons lui courir le long de l'épine sous ses habits (RAMUZ, Gde peur, 1926, p. 144) :
3. [Os et muscles du tronc]. Les muscles de l'épine de la salamandre ressemblent beaucoup à ceux de la grenouille. Ceux de la queue ont beaucoup de rapport avec les muscles des poissons. L'épine de la tortue n'a de mouvemens que dans les portions du cou et de la queue; celles du dos et des lombes, ayant les vertèbres soudées, n'ont aucun muscle.
CUVIER, Anat. comp., t. 1, 1805, p. 193.
P. métaph. [P. réf. à la forme de l'épine et à sa disposition] L'isthme de Portland, il y a deux cents ans, était un dos d'âne de sable avec une épine vertébrale de rocher (HUGO, Homme qui rit, t. 1, 1869, p. 138). Il lui faut une épine dorsale, « il met un énorme porte-plume dans le berceau » (APOLL., Tirésias, 1918, II, p. 904). On construisait les organes essentiels. La route, s'il y en avait une, servait d'épine dorsale, et puis, perpendiculairement à la route, on traçait des rues comme des vertèbres (SARTRE, Sit. III, 1949, p. 94) :
4. La chaîne des Andes se déroulait à l'horizon, enflant ses croupes et multipliant ses pics vers le nord. Ce n'étaient encore là que les basses vertèbres de l'énorme épine dorsale sur laquelle s'appuie la charpente du nouveau-monde.
VERNE, Enf. cap. Grant, t. 1, 1868, p. 95.
Au fig. La syntaxe, qui est comme l'épine dorsale du langage (GOURMONT, Esthét. lang. fr., 1899, p. 133). Une idée large, et indiscutable, le soutient : c'est comme l'épine dorsale de son discours (RENARD, Journal, 1902, p. 795).
2. Emplois techn.
a) AGRIC., VITIC. Parties longues et pointues de certaines machines agricoles (herse ou rouleau). Synon. dent. [Dans] la machine à planter la vigne (...) un cylindre à épines pulvérise le sol dans les terrains qui ne sont pas suffisamment nivelés (BRUNET, Matér. vitic., 1909, p. 87).
En appos. On passera la herse « épines » dans les jeunes avoines, juste au moment de la levée des « sanves » (La Terre fr., févr. 1941).
b) MÉTALL. ,,Pointes qui hérissent le cuivre après l'opération du ressuage et de la liquation`` (LITTRÉ).
Rem. Attesté aussi ds Ac. 1798-1878, BESCH. 1845, Lar. 19e-20e, GUÉRIN 1892, DG, QUILLET 1965.
C.— Au fig., class. et littér. [Souvent p. oppos. à fleur ou à rose]
1. Gén. au plur. [P. réf. à épine A 1 a]
a) Aspects fâcheux, pénibles, douloureux (d'une situation). Les épines de la vie. Vous ne connoissez que les roses de la liberté; le sage gouvernement qui vous protège, en a écarté toutes les épines (CRÈVECŒUR, Voyage, t. 3, 1801, p. 139). Va, pauvre petit. Si tu nous suivais, tu trouverais peut-être le chemin des épines, et, ce matin, ce serait trop tôt pour toi (POURRAT, Gaspard, 1930, p. 253) :
5. Jacques marchait toujours isolé, se faisant intérieurement saigner le cœur aux épines d'un souvenir dont l'orchestre augmentait la vivacité, en exécutant une contredanse joyeuse qui sonnait aux oreilles de l'artiste, triste comme un de profundis.
MURGER, Scènes vie boh., 1851, p. 223.
b) Côtés susceptibles, agressifs ou acariâtres (d'une personne). Suppression partielle ou même totale de la moelle épinière (si au moins ça pouvait lui ôter les épines du caractère) (JARRY, Ubu, 1895, V, 1, p. 88). Elle [Nathalie] est (...) provocante et pleine d'épines (COLETTE, Jumelle, 1938, p. 8).
Loc. proverbiales
Il n'est point de roses sans épines/il n'est point de plaisir sans épines. ,,On dit prov. qu'il n'y a point de roses sans épines, pour dire qu'il n'y a point de plaisir sans quelque mélange d'ennui, de chagrin`` (J.-F. ROLLAND, Dict. mauv. lang., 1813, p. 60) :
6. Que je serais content si je pouvais vous revoir l'année prochaine! Quelle serait ma joie en vous embrassant, mais il n'y a pas de plaisir sans épine. Vous connaissez aussi bien que moi cette épine, c'est qu'il y en a pour longtemps.
M. DE GUÉRIN, Corresp., 1824, p. 7.
Quand on sème des épines, on ne va pas sans sabots (région.). Quand on provoque le malheur des autres, on doit se méfier à son tour. Les voilà aux aguets de façon à ne pas manquer leur gibier, vu que la galipote se méfiait sûrement; et qui sait quelles ruses elle avait toutes prêtes. Mais quand on sème des épines, on ne va pas sans sabots (POURRAT, Gaspard, 1922, p. 89).
2. Loc. fig., fam.
a) [P. réf. à épine A 1 a]
Avoir une épine (au pied). Avoir un sujet d'embarras, d'inquiétude. Depuis qu'il a assumé cette tâche, depuis qu'il s'est mis dans cette affaire, il a une furieuse épine au pied (Ac. 1932).
Être une épine (au pied). Être un sujet d'embarras, d'inquiétude :
7. ... quand on lit l'ouvrage éloquent de Bossuet où il s'est si bien passé de Richard Simon, il est impossible d'en séparer le souvenir de ce savant qui le gênait, qui lui était une épine au pied, et qu'il supprimait autant qu'il lui était possible.
SAINTE-BEUVE, Nouv. lundis, t. 9, 1863-69, p. 302.
(Re)tirer (à qqn) une épine (du pied). Délivrer d'un embarras, d'une situation difficile. Dis-lui bien comme j'aime les bons cœurs qui, sur ma route difficile, m'ont arraché quelqu'épine ou adouci le chemin (BALZAC, Corresp., 1832, p. 66). Je viens, selon votre conseil, d'écrire un petit mot poli au Michel. Voilà donc une affaire terminée, ça me retire une épine du pied (FLAUB., Corresp., 1867, p. 100).
Arracher (à qqn) une épine (du cœur). Le délivrer d'une peine, d'une douleur. Mon Dieu! Que j'ai souffert! (...) Vint le jour de bonheur où, de sa main divine, L'ange de mon salut arracha cette épine Bien délicatement de mon cœur (M. DE GUÉRIN, Poésies, 1839, p. 67).
b) [P. réf. à épine A 1 b]
Être un fagot d'épines. [En parlant d'une pers.] Être hargneux, d'humeur bizarre, difficilement abordable. Rubentel (...) brave homme de guerre, mais difficile à vivre, d'une humeur à faire damner les gens, d'autant plus roide et plus cassant qu'on lui fait plus d'avances, et furieux si on le néglige; enfin un fagot d'épines (SAINTE-BEUVE, Nouv. lundis, t. 8, 1863-69, p. 455). S'envelopper d'épines (rare). Ma femme (...) est bonne. Moi, j'ai du plaisir à m'envelopper d'épines. On s'y trompe. Le curé dit :« Le diable a épousé un ange » (RENARD, Journal, 1898, p. 465).
Être sur/marcher sur/se sentir sur les/des épines. Être dans une situation difficile, être dans une grande inquiétude, dans une grande impatience. Mme Debée-Leemann était sur les épines : sa conscience lui faisait deviner la matière de notre conversation; mais ce qui me surprit, c'est que Sara n'en était pas moins inquiète (RESTIF DE LA BRET., M. Nicolas, 1796, p. 136). Don José était sur les épines. Il brûlait d'impatience de les quitter [la duchesse et Conception] pour retrouver sa prétendue princesse polonaise (PONSON DU TERR., Rocambole, t. 4, 1859, p. 289). Il [Gaspard] se sentait sur des épines si l'on parlait des Escures (POURRAT, Gaspard, 1925, p. 178).
(S')enfoncer dans les épines. Se mettre dans les difficultés. Vous savez ce que c'est que les procès, et vous allez vous enfoncer dans d'étranges épines (CLAUDEL, Raviss. Scapin, 1952, p. 1329).
Prononc. et Orth. :[epin]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. Fin du Xe s. « arbuste aux branches garnies de piquants » (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 247 : espines); 2. ca 1260 « piquant » (Vers de la mort, 28, 2 ds T.-L.); 3. XIVe s. « espèce de poisson, plectognathe » (G. DE BIBBESWORTH, Traité sur la langue fr., éd. A. Owen, p. 96, addition du ms. B); 4. 1314 anat. « épine dorsale » (MONDEVILLE, Chirurgie, 416 ds T.-L.); 5. av. 1475 au fig. « difficulté » (G. CHASTELLAIN, Chron., 1. 6, chap. 93 ds Œuvres, éd. J. Kervyn de Lettenhove, t. 5, p. 41); 6. 1571 bot. poire d'espine (BELLEFOREST, Secrets de la vraye agriculture, Paris, p. 111); 1654 espine rose (Jardinier françois ds ROLL. Flore t. 5, p. 43); 7. 1660 « piquant de certains animaux » (OUDIN Fr.-Esp. : espine ou tuyau de porc espic). Du lat. spina « épine, arbuste ou plante épineuse; piquant d'animaux, épine dorsale »; fig. « difficultés ». Fréq. abs. littér. :1 202. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 2 506, b) 1 619; XXe s. : a) 1 434, b) 1 242. Bbg. ARVEILLER (R.). R. Ling. rom. 1972, t. 36, p. 232. — BUDAHN (C.). Die Bezeichnungen der Johannisbeere und der Stachelbeere im Galloromanischen. Z. fr. Spr. Lit. 1939, t. 63, pp. 129-165. — WARTBURG (W. von). Spina, spinula. Bolletino dell'Istit. di lingue estere. Genova. 1957, t. 5, pp. 17-40.

épine [epin] n. f.
ÉTYM. 980; du lat. spina.
A
1 Vieilli ou dans des loc. Arbre ou arbrisseau aux branches armées de piquants. || Épine blanche ( Aubépine), noire ( Prunellier). || Épine du Christ ( Jujubier, paliure). || Épine d'Espagne ( Azerolier). || Épine de cerf ( Nerprun). || Épine de rat ( Fragon). || Oiseau qui chante sur l'épine fleurie (→ Complainte, cit. 1).REM. Sans déterminant, le mot désigne en général l'aubépine, et selon les contextes l'une des plantes ci-dessus. — Une haie d'épines. || Terre en friche couverte d'épines. || Tomber dans les épines. || Se rouler sur un lit d'épines (→ Aiguillon, cit. 6). || La couronne (cit. 9) d'épines du Christ (→ Croix, cit. 4). || La Sainte Épine (Miracle de la Sainte Épine, par lequel la nièce de Pascal fut guérie d'une tumeur lacrymale).REM. Ces emplois sont aujourd'hui compris au sens B.
1 Jésus sortit donc, portant la couronne d'épines et le manteau de pourpre. Et Pilate leur dit : Voici l'homme.
Bible (Segond), Évangile selon saint Jean, XIX, 5.
2 Voici une relique sacrée (…) voici une épine de la couronne du Sauveur du monde (…) qui fait des miracles par la propre puissance de ce sang répandu pour nous.
Pascal, Pensées, XIII, 839.
3 Ses yeux étaient noyés de pleurs; Comme les anges de douleurs. Il était couronné d'épine (…)
A. de Musset, Poésies nouvelles, « Nuit de décembre ».
4 (…) le moine bénédictin bâtit sa cabane de branchages parmi les épines et les ronces; autour de lui de grands espaces jadis cultivés ne sont plus que des halliers déserts.
Taine, les Origines de la France contemporaine, t. I, I, p. 7.
5 Il commande qu'on creuse une fosse en terre et qu'on y amasse des sarments noueux et tranchants et des épines blanches et noires, arrachées avec leurs racines (…) « Seigneurs (leur dit-il), j'ai fait dresser ce bûcher d'épines pour Tristan et pour la reine (…) »
J. Bédier, Tristan et Iseut, VIII, p. 83.
6 Un jour que j'errais avec ma mie par la forêt, je m'endormis au pied d'un buisson d'épines (…)
Boulenger, Traduction des Romans de la Table ronde, p. 112.
6.1 Jean avait, entre toutes les fleurs qu'il avait devant lui sans les voir et sans les aimer, élu l'épine rose, pour laquelle il avait un amour spécial, dont il se faisait une idée définie (…) Était-ce que cet arbre est plus beau que d'autres, que les fleurs si composées et si coloriées ont l'air de fleurs de fête, et qu'en effet souvent à l'église pendant le mois de Marie il en avait vu les branches coupées tout entières dans les vases de l'autel ? Était-ce qu'ayant vu auparavant de l'épine blanche, la vue d'une épine rose et dont les fleurs ne sont plus simples mais composées, le frappa à la fois de ces deux prestiges de l'analogie et de la différence qui ont tant de pouvoir sur notre esprit ?
Proust, Jean Santeuil, Pl., p. 331.
(Vieilli). Bâton épineux.
6.2 Ses souliers étaient cloutés. Il avait une grosse épine à la main.
B. Cendrars, l'Or, p. 14.
2 (Fin XVIIe). Loc. fig. Fagot d'épines : personne au caractère désagréable, revêche (→ Hérisson). — ☑ (1690). Marcher sur des épines : être dans une situation difficile. — ☑ (1660). Être sur des épines : être dans une grande anxiété, dans une grande impatience. Charbon (être sur des charbons ardents); → aussi Épineux, B.
7 Ah ! que je me trouvais sur d'étranges épines !
Corneille, l'Illusion comique, IV, 7.
8 C'était (Pussort) un grand homme sec, d'aucune société, de dur et difficile accès, un fagot d'épines (…)
Saint-Simon, Mémoires, t. I, XXVI.
9 (…) tandis qu'il débitait ses mensonges je rougissais, je baissais les yeux, j'étais sur les épines (…)
Rousseau, les Confessions, VIII.
Par anal. Cout. || Point d'épine, qui évoque une succession, une guirlande d'épines.
B
1 (V. 1175). Mod. et cour. Piquant qui vient sur certaines plantes, notamment sur celles qu'on appelle épines (ci-dessus, A., 1.). Aiguille; aiguillon, et aussi acanth(o)-. || Plante à épines. Spinescent. || Plante sans épines. Inerme. || Le robinier, la ronce, l'ajonc, le cactus sont hérissés d'épines. || Les feuilles du chardon, du houx piquent comme des épines. || La pointe d'une épine. || S'égratigner avec une épine. || S'enfoncer une épine dans le doigt, entre cuir et chair. || Cette écharde que j'ai sous l'ongle doit être une petite épine. Spinule. || Poil dur comme une épine. 2. Spinelle.
La couronne d'épines, la Sainte Épine. → ci-dessus A., 1.
Bot. Production dure et pointue provenant de l'avortement d'une branche, d'une feuille, etc., et qui fait corps avec le bois. || Les épines du prunier sauvage. || Les piquants du rosier ne sont pas des épines mais des productions de l'épiderme (→ aussi Rien, cit. 78). — ☑ Loc. prov. Il n'y a pas de roses sans épines : toute joie comporte une peine. Revers (toute médaille a son revers).
10 Le parfum de mille roses ne plaît qu'un instant; mais la douleur que cause une seule de leurs épines dure longtemps après sa piqûre.
Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie, p. 112.
11 Au lieu de me plaindre de ce que la rose a des épines, je me félicite de ce que l'épine est surmontée de roses et de ce que le buisson porte des fleurs.
Joseph Joubert, Pensées, Titre préliminaire.
12 Les épines, ça ne sert à rien, c'est de la pure méchanceté de la part des fleurs.
Saint-Exupéry, le Petit Prince, p. 28.
Fig. Littér. || Il n'y a pas de vie sans épines. Contrariété, difficulté, douleur, souci, tracas. || Le métier d'auteur a ses épines. Inconvénient (→ douceur, cit. 15). ☑ Avoir une épine dans le cœur, un chagrin. || Une épine irritative : un sujet d'irritation.
Avoir une épine au pied, dans le pied; hors du pied : avoir un sujet de contrariété; en être débarrassé. — ☑ (XVIe). Tirer, enlever, ôter à quelqu'un une épine du pied, le tirer d'embarras. — ☑ Vieilli ou littér. C'est une épine (au pied) : cela constitue un embarras. — ☑ Être, marcher sur des épines : être dans une situation difficile.S'enfoncer dans les épines : sombrer dans de gros ennuis.
13 Nous nous ôtons du pied une fâcheuse épine.
Molière, l'Étourdi, III, 2.
14 Le plaisir d'aimer sans l'oser dire a ses épines (…)
Pascal, Disc. sur les passions de l'amour (→ Entretenir, cit. 14).
15 Où les plaisirs mêmes portent avec eux leurs épines (…)
Massillon, Avent, Bonheur, in Littré.
16 Assez de cette épine continuelle dans le cœur (…)
Claudel, Feuilles de saints, Ballade, p. 23.
2 Cour. Piquant (de certains fruits). || Les épines des châtaignes.
C (V. 1560). Anat. Partie saillante, allongée d'un os. Crête. || L'épine de l'omoplate. || L'épine du tibia.
(1314). || Épine dorsale : saillie longitudinale que détermine au milieu du dos l'ensemble des apophyses épineuses des vertèbres. Par ext. Colonne vertébrale. Échine (fam.); rachis. || La moelle épinière ou moelle de l'épine dorsale. || Qui se rapporte à l'épine dorsale. Rachidien, spinal.
17 Sous le nom d'épine dorsale, bien visible chez les personnes maigres, on désigne cette sorte de chapelet osseux constitué par les apophyses épineuses des vertèbres.
P. Vallery-Radot, Notre corps, p. 23.
Par anal. Géogr. Chaîne directrice d'un système montagneux.
D (V. 1175). Par anal.
1 Organe rigide et pointu (de certains animaux, spécialement de poissons). Piquant. || Les épines du diodon, du hérisson, du porc-épic. || Coquillage à épines (→ Coquille, cit. 4).
2 (1280). Nom donné à certains poissons à épines. || Épine vierge. Épinoche.(1845). || Épine de Judas ( 1. Vive). || Longue épine : espèce de poisson à la mâchoire en forme de bec. || Épine double : espèce de poisson syngnathe.
E (1571). Nom donné à certaines espèces de poires. || Épine rose, épine d'été, d'hiver.
DÉR. Épinaie, épiner, 1. épinette, épinier, épinière, épinoche.
COMP. Épine-vinette.
HOM. Formes du v. épiner.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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